Les enfants vivent une vie chaque jour

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Temps

Poème publié dans le n° 184 de la revue Florilège de septembre 2021

Extrait:

"Elle est partie mon amour, mon aimée

Et l’horloge s’est arrêtée

Le Temps s’est figé

Dans la cour de l’école jouent les enfants

...................."

 

Antoine Leprette

Samedi 19 juin 2021

Dans le train Paris-Lorient

Dans "Après le départ d'Isa" et "Dans les fêlures du Temps" (recueils en préparation)

Le monde dans une brindille

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Vivre, Ennui

Courir !
Courir !
Encore courir !
Au loin le métro, 
Le téléphone dans ma poche,
Dans mon sac, les clefs de ma voiture,
Mon chéquier, mon portefeuilles,
« Bonjour mon amour ! À ce soir ! »
« Salut les enfants ! Travaillez bien ! »
« Vous allez bien madame Martin? 
Oui ! Oui ! Je sais ! Vous me direz ? »
Allo ?
Allo ……

Je dérive !
Loin, très loin, dans un nuage de coton,
J’entends des bruits étranges :
Tuuut ! Tuuuut !
Une sonnerie !
Des gens s’affairent autour de moi.
Où suis-je ?
Mon esprit s’envole.

«Qu’est-ce que j’peux faire !
 J’sais pas quoi faire !»
« Silence ! J’écris ! »
Anna Karina et Jean Paul Belmondo, dans un paysage de rêve, traversent mon écran intérieur.

J’ai dix ans.
Il fait chaud, très chaud !
Le soleil darde ses rayons brûlants,
L’air vibre au-dessus des touffes de thym,
Le puits et la citerne,
La citerne et le puits.
«Qu’est-ce que j’peux faire !
 J’sais pas quoi faire !»
Je m’allonge sur le sol et contemple une mante religieuse avaler son mâle.
Plus loin, une araignée tisse sa toile,
Je lui donne une mouche et la regarde l’envelopper.
Thriller !
Une colonne de fourmis s’agite à double sens,
Une véritable autoroute traverse la campagne,
Je la suis le long des feuilles mortes,
Sur le rebord des branches,
Au travers du vieux mur de pierres sèches.
« Ne s’arrêtent-elles jamais ? »
Du vieux gramophone de la véranda me parvient ce vieil air :
« Y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir ! »
Je m’allonge sur le sol.
L’incessant crissement des cigales me berce.
Je m’endors !

Ma sœur arrive !
Elle est la comtesse de la Pâte Feuilletée,
Je suis le marquis de la Motte-Piquet-Grenelle du Château de Sceaux.
Nous partons en riant nous construire un château au milieu des lauriers-tain.

Vivre !
Vivre intensément chaque seconde qui passe !
Fermer les yeux !
Écouter le bruit des vaches !
Sentir le soleil se cacher doucement derrière les grands pins,
Couleurs du soir, rouges, roses, bleus, verts, violets et ors mêlés !
Recréer les décors sur la feuille de papier,
Faire jaillir leurs notes sous l’archet du violon,
Faire sonner les mots pour raconter l’histoire !
A quoi pensait le petit Magellan, perché sur son vieux mur de pierres sèches en regardant les vignes onduler à l’infini ?
« Maman ! Qu’-y-a-t’il de l’autre côté des vignes ? »
Sur le sol craquelé par la chaleur torride,
Je construit mon bateau avec des brindilles.
« Vole, nage, affronte la vague et les démons hurlants !
Va mon navire, traverse l’océan !
Va découvrir les îles aux senteurs dorées
Où des enfants tout nus jouent avec la marée.»
Je suis sur la plage,
Un coquillage sur l’oreille et le monde entier me raconte son histoire.

Les enfants vivent une vie chaque jour.

« Tuuuut ! Tuuuut ! »
« Regardez, il émerge, il a ouvert un œil ! »
Je découvre ahuri ces hommes et femmes en bleu qui s’agitent autour de mon lit.
Je fais un signe de la main.
« Vous allez bien ? »
« Oui !  Je dis : « à bientôt ! » à l’enfant. »
Je me lève et m’en vais.
Une légère brise agite les marronniers.
Un air si doux fredonne sur ma joue.
Je sors en sifflotant !

Antoine Leprette

Mercredi 17 mars 2021
La Maison du pêcheur - Locmiquélic 

"Dans les fêlures du Temps" recueil en préparation

Elle était là ma rose

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Temps

Pour Isabelle

Le soleil par dessus l'horizon pousse les nuages,

Repousse la nuit.

Les yeux grands ouverts,

Je contemple

Les yeux fermés, paupières plissées,

J'écoute

 

Elle était là ma rose

Elle a fleuri ce matin

Refleurira demain

Celle d'aujourd'hui n'est plus

Celle de demain sera

Impermanence des choses

Éternité du temps

 

Elle est fanée ma rose

Sera plus belle demain

Ainsi passe le temps qui nous cache ses merveilles dans ses replis secrets

 

Antoine Leprette

Samedi 12 décembre 2020

La Maison du Pêcheur - Locmiquélic

Recueil en préparation "Dans les fêlures du Temps"

Merveille de la rose qui ce matin avait déclose

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Temps, Vivre

Pour Isabelle

Dans le matin naissant, une rose a fleuri

Et la fleur s'est fanée quand la journée est close

Demain dans mon jardin, elle renaîtra la rose

Merveille de la fleur qui tous les jours revit.

 

J'attends impatiemment son rendez-vous galant

Je voudrais être abeille, bourdon ou papillon,

Pénétrer son calice entrouvert doucement

Me gaver de son suc, féconder ses boutons

 

Merveille du temps qui passe, toujours se renouvelle

Et mon cœur qui s'embrase

Toujours, encore, sans cesse

Comme une première fois

 

Là-bas dans la vallée

J'entends danser le vent

Chante, chante la bise

Rend fort mon cœur d'enfant

 

A chaque heure qui passe, je peux créer le monde

Avec mes yeux, ma bouche, tous mes sens en avant

Mes oreilles tendues aux doux chants des oiseaux

Et ma peau qui frémit au bruissement du temps

 

Mes papilles sont gourmandes

Je veux vivre et goûter, déguster, aimer, me délecter

Du soleil, de l'eau, des arbres et des grands vents

Ivresse du moment, extase du toujours

Jubilation de l'éternité, contenue dans l'instant

 

S'émerveiller du temps qui passe

S'émerveiller du temps qui vient

Pour combattre nos peurs et vivre le présent

 

Savoir que nous sommes atomes et molécules

Venus du fond des temps, du secret des étoiles

Savoir que l'infini repose au creux de la rose qui s'étiole

Dégageant son parfum si doux et fort ensemble

Savoir que cette mort prépare son renouveau

Qu'elle a besoin de moi comme je n' suis rien sans elle

Ce savoir là m'émeut et me remplit de joie

 

Dans le matin naissant, une rose a fleuri

Et la fleur s'est fanée quand la journée est close

Demain dans mon jardin, elle renaîtra la rose

Merveille de la fleur qui tous les jours revit.

 

Antoine Leprette

Lundi 14 décembre 2020

La Maison du Pêcheur - Locmiquélic

Recueil en préparation "Dans les fêlures du Temps"

Femme courage

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Exil, Liberté

Pour Kady mon élève du Mali, sa traversée de la Méditerranée pour fuir la violence des hommes. Avec sa permission..

 

L'eau et le ciel

Le ciel et l'eau

Et encore le ciel

Et toujours l'eau

Tout mélangé!

L'eau et le ciel

Le ciel et l'eau

Le soleil qui me brûle

Ma peau est brûlée.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

J'ai mal au bras, j'ai mal au ventre, j'ai mal aux jambes

Mon corps paralysé, meurtri, endolori

Je ne peux plus bouger

Cinq jours en mer

Serrés

Tassés

Entassés

Des hommes

Trois femmes

Et nos petits

Nous sommes si nombreux sur ce petit esquif

Les vagues sont bien grandes qui s'écrasent sur la proue

Nous sommes à ras de l'eau.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

"Pas bouger!"

L'ordre claque

Pas bouger où tu seras jetée

Donnée à la mer

Noyée!

Je ne sais pas nager

Je viens d'Afrique

Comme mon voisin devant

Comme mon voisin derrière

Je serre les fesses, mes muscles se contractent

Coincée entre mon voisin de devant et celui de derrière

Mon petit dans mes bras.

Dors mon enfant

Ne pleure pas

Maman est là

Dors mon petit.

Pas d'eau!

Le soleil qui tape sur la tête

Il est évanoui mon petit, mon bébé

Alors je chante, pour le courage.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

Un jour

Une nuit

Encore un jour

Et encore une nuit

Et encore les jours

Et encore les nuits

Le ciel et l'eau

L'eau et le ciel

C'est terrible la nuit

J'ai peur de mourir

Je fais pipi

Tous mes besoins

Sous moi

Et je vomis

Le matin, le soir, la nuit

Sur moi

Comme mon voisin de devant

Comme celui de derrière

Et le chef crie!

Et le chef nous bat!

Il est libyen le chef.

Achetée

Vendue

La prison

Les coups

Je fais pipi

Tous mes besoins

Mais je suis là pour toi

Mon petit

Mon garçon.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

Et les heures suivent les heures

Déjà des morts

Et toujours l'eau

Toujours le ciel

Et encore le soleil

Et toujours et encore les cris des méchants

Et j'ai peur

Je vais mourir

Et puis le cris

Le cris d'un homme

Son grand cris

Au loin

Un bateau!

Les gendarmes

Des Arabes

Ils crient

"Ce n'est pas le bon chemin!"

Alors reviennent les pleurs

Alors revient la peur

Et le ciel

Et l'eau

Le soleil

Et la douleur

Et la mort.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

Et reviennent les heures

Et les nuits

Et les jours

Et enfin un point, une ombre, un grand bateau

Et les hommes crient à nouveau

Ils veulent se lever

Ils veulent danser

Moi! moi!

Chacun pour soi

Notre barque danse aussi

Une danse de mort

Elle va sombrer

Nous allons tomber

Nous ne savons pas nager

Moi aussi je ris

Mais j'ai peur aussi

Je pense à mon petit

"Sit down! sit down!"

C'est le grand cris du grand bateau

"Sit down! sit down!"

Et les hommes obéissent

Le canot n'a pas versé

Nous ne sommes pas noyés

Nous ne savons pas nager

Je suis dans le grand bateau

Mon enfant est vivant.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

Extrait de "Être(s) libre(s)" (inédit)

Jeudi 3 décembre 2020

La Maison du Pêcheur - Locmiquélic

 

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