A Rabindranath Tagore

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En souvenir de ma grand-mère Edith Aghion

 

Qu'est devenue la joie?

Le monde s'est terni.

Une couche de rouille et de moisi s'est déposée sur nous.

Où sont passés les rires?

 

J'ai voulu prendre ma flûte de roseau pour jouer les notes de l'harmonie de la nature,

Ses notes étaient grippées,

Son chant engourdi.

La flûte était fêlée sous les coups d'un soleil trop fort pour lequel elle n'avait pas été taillée.

Maître de la joie et de l'harmonie, toi qui semais des étincelles dans mes pupilles bleues, qu'es-tu devenu?

 

Où es-tu passé?

Nous t'avons achevé à coups de marteaux-piqueurs

Et nous avons brûlé la joie en servant la Tour.

Aujourd'hui, covidés, nous avançons masqué.

C'est le prix de nos trahisons.

Il ne nous reste plus que nos peurs, nos pleurs, notre amertume et nos rancœurs

Et partout, la colère des poings levés.

 

Mais au bout du ciel, un coin de nuage se lève.

Des femmes,

Des hommes,

Des enfants,

Ils ont repris ma flûte fatiguée,

Ma vieille flûte de roseau

Et leurs chants s'élèvent sous le soleil brûlant

Dans un dialogue renouvelé avec toi,

Maître de l'harmonie et de la joie.

Ils plantent des arbres,

Caressent la terre,

Refont jouer les voiles dans le vent des navires

Et tant pis si la Tour doit s'effondrer un jour.

Et qu'ils s'en aillent au diable avec leurs comptes truqués,

Leurs fiches numérotées,

Nos données numérisées,

Leurs yeux qui nous regardent

Sur nos places, nos trottoirs et jusque dans nos maisons.

Comme disait le grand Léo:

"Tout ça! on s'en fout!"

 

A nouveau la musique de la flûte de roseau s'élève dans l'air frais de la rosée matinale.

Nous retrouvons la joie,

La joie de vivre,

La joie de chanter, de danser,

La joie d'aimer.

 

Antoine Leprette

Jeudi 20 août 2020 -

Jour de marché à Hennebont

Vingt-septième jour de confinement II (1° publication le 7 mai 2020)

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Confinement, Dépression, Vivre

Et nous comptons nos morts

Car nous avons des morts

Des centaines, des milliers,

Bientôt, des centaines de milliers

Des hommes, des femmes, des anciens, des enfants.

Et sur leurs corps si vite jetés

Par delà les couleurs de leurs yeux qu'on ne peut oublier

Qui inondent nos prunelles des larmes que nous n'avions pu verser,

Eux, recommencent à compter, à payer, monnayer

Avides de construire, de déjà reconstruire

La tour,

La tour grande

Grande

Si grande qu'elle doit toucher le ciel

La tour

Qui détruit

Qui courbe nos échines

Empoussière nos poumons

Emplit de haine nos regards

Pour les autres,

Tous les autres

Pour nous même

La tour qui nous meut

Incessant mouvement

Nous met seuls dans la foule

Épuise nos sentiments

Affole les oiseaux

Mais que valent les oiseaux?

 

Tapis dans l'ombre de nos morts,

Plus que jamais inutiles

On les avait presque oublié

Ils semblaient perdus, hagards, parfois meurtris,

Souvent maladroits

Cachant mal leur surprise.

Eux aussi paraissaient effarés

Ils n'étaient pas préparés

Et nous les comprenions.

Ils sont donc comme tout le monde

Eux aussi ont un cœur, des amis, des parents

Ils nous font souvent rire avec leurs maladresses

Leurs mensonges mesquins

Qui cachent mal leur détresse

Leur insuffisance

Leur suffisance.

Alors, nous pardonnons

Nous pardonnons si vite!

Venez,

Venez avec nous,

Dansez à la vie retrouvée

Quand la faucheuse sera passée

Venez, chantez avec nous

Rions avec l'oiseau

Dans nos villes renaissantes,

De l'herbe sur les pavés,

Dans nos douces campagnes,

Par les abeilles butinées.

 

Ils nous écoutent,

Et nous laissent parler

Mais la tourmente passée

Ils reprennent les rênes

Et les tiennent serrées.

Car au fond ils s'en foutent.

Leurs yeux sont secs

Cœurs de béton.

Et s'ils ont eux aussi

Leurs victimes et leurs morts

Ils ne savent pas pleurer.

Ne rien laisser passer.

C'est à la tour qu'il faut penser.

Aldo Moro

Vous vous souvenez?

Abandonné

Sacrifié

Sur l'autel de la Tour

Qui au ciel doit monter

 

Ils ne pensent qu'à ça.

Après les mots de guerre

Après les mots de paix

Après les mots câlins

Les mots doux, les caresses

Les voilà qui reviennent

Durs, cassants, blessants

Il faut siffler la fin de la partie

Assez joué!

Devoir

Savoir

Pouvoir

Chacun à sa place

Une seule tête

Un seul rang

Un seul chant

Il faut la reconstruire

La tour

La tour grande

Si grande

Elle doit toucher le ciel

Peu importe les oiseaux

Et d'abord, quels oiseaux?

Et ne vous inquiétez pas

On vous les fera vos monuments

Vos monuments aux morts

A tous vos morts

Vos héros d'un jour

Vos héros pour toujours

Vous les aurez vos danses

Vous les aurez vos chants

Une fois l'an

Au pied de vos monuments

 

Promis, on a promis

Cela ne sera plus

Promis, promis

Nous aussi on a juré, sermenté

Plus jamais cela!

Plus jamais!

Vous ne mourrez plus

On va s'en occuper!

Et vous serez:

 

Filmés

Surveillés

Numérisés

 

Pistés

Encartés

Téléfilmés

 

Cadrés

Encadrés

Webcamés

 

Clonés

Surveillés

Enregistrés

 

Tweetés

Facebookés

Googueulisés

 

Télésurveillés

Videofilmés

Digitalisés

 

Aseptisés

 

Big Brother

Tu te souviens mon amour?

Big brother is watching you

Tu te souviens?

 

 

"Au clair de la lune, mon ami oiseau

Donne moi ta plume

Pour chanter plus haut"

Tu m'as tendu la main

Je t'ai tendu mes plumes.

Tu te souviens?

On a promis

Promis!

Mais peut-on encore promettre?

Ils nous ont tellement tout pris

Même nos mots

Jusqu'à nos rêves

Parfois leurs mots qui consolent

On se prend à y croire

On voudrait tant y croire

Et si c'était vrai?

Alors on fait semblant

On se rassure un peu.

Mais quand même mon oiseau joli

Promis!

Encore

Encore une fois!

On va essayer

On va les surveiller

On va tout tenter

On ne les laissera plus

T'oublier, te blesser, te tuer

Mon amour

Mon oiseau

Ma Terre

Ma liberté.

 

Antoine Leprette

Samedi 11 avril 2020

La maison du pêcheur

Locmiquélic

Et nous recommençons, toujours

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Dépression, Liberté

L'été de canicule et de sécheresse que nous venons de vivre, prévu de longues date, mais plus précoce, plus violent encore que les prévisions des plus grands scientifiques du monde entier doit nous interroger une fois de plus sur notre cécité et notre incapacité collective à prendre les mesures vitales pour préserver un environnement qui nous a tant apporté, que nous avons profondément aimé et qu'un système inique mis en place par des individus animés par la seule idée de profit ou aveuglés par l'idée que nous pouvons améliorer indéfiniment notre mieux être sans en payer le prix. Cet été devrait nous réveiller! Trois poèmes pour se poser, réfléchir, espérer. Prendre le temps de vivre comme disait Moustaki.

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Les mille et une couleurs du noir

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : S'émerveiller

Publié dans le n°201 de la revue Florilège

Hommage à Pierre Soulage

 

Le noir m'habite,

Le noir me prend.

Je suis inondé de lumière.

Le noir se drape d’or, de rouge, de bleu, de vert,

Une toile brille sur un mur d’acier rouillé,

C’est l’air qui vibre au soleil de tous les étés,

C’est le désert qui scintille la nuit, reflète les étoiles.

Le noir devient couleurs.

Les mille et un reflets du noir quittent le monde d’en bas,

La souffrance, le trépas,

Ils gagnent la lumière, se pare de soleil,

Le noir devient fête,

Feu d’artifice d’encres de Chine.

 

Antoine LEPRETTE

Libre

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Vivre, Liberté

Publié dans mon recueil Être(s) libre(s) vivant(s)!, dans le n° 203 de la revue Florilège et dans le recueil 2026 du Printemps des Poètes édité par l'APHP

 

Entrer en douceur dans des déserts brûlants

Tutoyer les étoiles

Revoir son doux visage

Entrouvrir les lucarnes de ses yeux pour lui offrir ses paysages

S’envoler sur les ailes de ses rêves les plus fous

L’aimer elle, lui, le différent, la différente, lui, elle, les pas-pareil(le)s

Inventer la douceur d’un matin frais, les caresses du vent

Brûler les jours mauvais

Renaître tous les jours à des matins nouveaux

Errer, sans but, pour le simple plaisir d’être

S’étonner encore, s’émerveiller toujours

Vivre doucement, intensément, chaque minute, chaque seconde

Inventer ses lumières, ses parfums, ses musiques

Voir les mots en couleurs, en dégradés de gris

Arpenter les chemins, choisir les carrefours

Naviguer au-delà des flots et au-delà du Temps

Tenir les deux bouts de sa vie tout en s’abandonnant

S’en aller doucement, sourire aux lèvres, faire un signe de la main, sans se retourner.

 

Antoine Leprette

 

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