Femme courage

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Exil, Liberté

Pour Kady mon élève du Mali, sa traversée de la Méditerranée pour fuir la violence des hommes. Avec sa permission..

 

L'eau et le ciel

Le ciel et l'eau

Et encore le ciel

Et toujours l'eau

Tout mélangé!

L'eau et le ciel

Le ciel et l'eau

Le soleil qui me brûle

Ma peau est brûlée.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

J'ai mal au bras, j'ai mal au ventre, j'ai mal aux jambes

Mon corps paralysé, meurtri, endolori

Je ne peux plus bouger

Cinq jours en mer

Serrés

Tassés

Entassés

Des hommes

Trois femmes

Et nos petits

Nous sommes si nombreux sur ce petit esquif

Les vagues sont bien grandes qui s'écrasent sur la proue

Nous sommes à ras de l'eau.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

"Pas bouger!"

L'ordre claque

Pas bouger où tu seras jetée

Donnée à la mer

Noyée!

Je ne sais pas nager

Je viens d'Afrique

Comme mon voisin devant

Comme mon voisin derrière

Je serre les fesses, mes muscles se contractent

Coincée entre mon voisin de devant et celui de derrière

Mon petit dans mes bras.

Dors mon enfant

Ne pleure pas

Maman est là

Dors mon petit.

Pas d'eau!

Le soleil qui tape sur la tête

Il est évanoui mon petit, mon bébé

Alors je chante, pour le courage.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

Un jour

Une nuit

Encore un jour

Et encore une nuit

Et encore les jours

Et encore les nuits

Le ciel et l'eau

L'eau et le ciel

C'est terrible la nuit

J'ai peur de mourir

Je fais pipi

Tous mes besoins

Sous moi

Et je vomis

Le matin, le soir, la nuit

Sur moi

Comme mon voisin de devant

Comme celui de derrière

Et le chef crie!

Et le chef nous bat!

Il est libyen le chef.

Achetée

Vendue

La prison

Les coups

Je fais pipi

Tous mes besoins

Mais je suis là pour toi

Mon petit

Mon garçon.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

Et les heures suivent les heures

Déjà des morts

Et toujours l'eau

Toujours le ciel

Et encore le soleil

Et toujours et encore les cris des méchants

Et j'ai peur

Je vais mourir

Et puis le cris

Le cris d'un homme

Son grand cris

Au loin

Un bateau!

Les gendarmes

Des Arabes

Ils crient

"Ce n'est pas le bon chemin!"

Alors reviennent les pleurs

Alors revient la peur

Et le ciel

Et l'eau

Le soleil

Et la douleur

Et la mort.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

Et reviennent les heures

Et les nuits

Et les jours

Et enfin un point, une ombre, un grand bateau

Et les hommes crient à nouveau

Ils veulent se lever

Ils veulent danser

Moi! moi!

Chacun pour soi

Notre barque danse aussi

Une danse de mort

Elle va sombrer

Nous allons tomber

Nous ne savons pas nager

Moi aussi je ris

Mais j'ai peur aussi

Je pense à mon petit

"Sit down! sit down!"

C'est le grand cris du grand bateau

"Sit down! sit down!"

Et les hommes obéissent

Le canot n'a pas versé

Nous ne sommes pas noyés

Nous ne savons pas nager

Je suis dans le grand bateau

Mon enfant est vivant.

 

Je suis femme!

Mes genoux serrés contre moi

Mon enfant blotti dans mes bras

Je te serre fort, mon petit, mon amour

Tu es si fort, toi, ma vie, pour toujours.

 

Jeudi 3 décembre 2020

La Maison du Pêcheur - Locmiquélic

 

Apprendre!

Rédigé par Antoine Aucun commentaire
Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Liberté

A Samuel Patty

Apprendre!

Mot double,

Donner et recevoir.

Quand je t'apprend, tu m'apprends.

Quand je t'explique, je t'écoute.

Partager ce que nous sommes.

Ce que je sais,

Que j'ai appris,

Que j'ai reçu,

Te le transmettre,

Recevoir tes doutes,

Tes questions,

Te remettre les miennes,

Te dire parfois: "Je ne sais pas!"

T'offrir mes certitudes "jusqu'à connaissances nouvelles",

T'aider à questionner ta foi, la mienne, celle des autres,

Ta foi reçue en héritage,

L'interroger,

T'aider à la faire tienne peut-être,

A la refuser parfois

Mais c'est toi qui choisi:

"Je garde ou je rejette?"

En être libre,

En concevoir le doute,

Apprendre de moi les mots,

Apprendre à les prendre pour les faire naître,

Apprendre mes connaissances.

Connaître, nouvelles naissances,

Découvertes d'autres mondes,

Naître à autre chose avec les autres,

Encore le partage.

Et la naissance peut être violente

Dans la découverte d'autres ailleurs.

Mais il ne s'agit que de mots.

Ils peuvent me heurter, te blesser.

On dit que les mots peuvent tuer.

Mais aux mots peuvent toujours répondre des mots.

Ils peuvent aussi caresser, faire jouir.

Aux mots peuvent répondre aussi tendre musique et couleurs scintillantes,

Avalanche de notes,

Rythmes endiablés,

Traits ravageurs, incandescents.

 

 

La poésie peut-elle tout dire?

Avons nous les mots pour dire l'horreur?

Tu es mort

Pour un coup de crayon,

Un crayon pour rire.

Tu aurais pu mourir de rire

Mais tu es vraiment mort.

"Les enfants!", tes enfants, ceux qui t'écoutaient, qui apprenaient.

"Ce n'est pas un jeu vidéo les enfants"!

Son cœur ne bat plus

Son aimée ne le serrera plus dans ses bras

Son enfant ne pourra plus lui dire: "Papa!"

Ceux qui t'ont volé ta vie ne veulent rien donner,

Ne savent pas recevoir.

Ils ne savent qu'imposer, forcer, violer.

Leur foi n’autorise pas le doute,

Elle brûle les livres,

Elle coupe les têtes, siège de la pensée

Pour un monde uniforme,

En uniforme.

Pour que vive la soumission,

Il faut éradiquer la pensée,

Il faut réciter sans jamais s'arrêter dans l'infini des temps

Mais surtout,

Surtout,

Ne pas apprendre!

Ne pas connaître

Ne pas renaître

Autodafés!

Têtes coupées!

Corps brûlés!

 

Apprendre.

Je t'apprends,

J'apprends de toi.

Apprendre pour être libre,

Libre, liber, livre,

Apprendre dans les livres pour être libre,

Pour creuser son chemin, choisir ses routes.

Apprendre pour grandir,

Créer sa route au milieu des autres, avec les autres, pas contre les autres.

Ou plutôt, parfois si, parfois aussi contre eux.

Je ne suis pas d'accord,

Tu n'es pas d'accord.

Et alors!

Tu peux croire ou ne pas croire.

Au commencement était le Verbe,

Et le Verbe était Dieu.

La Parole, la Bible

Le livre, le Coran

La même injonction:

"Lis!"

Pour apprendre,

Pour être libre.

Au commencement était le Verbe, la parole, le Logos,

La parole!

Parler, mais si tu parles je t'écoutes et puis c'est moi qui parle et alors tu m'écoutes.

Je questionne,

Tu réponds,

Tu questionnes,

Je réponds.

Et parfois le silence.

"Je ne sais pas"

"Je ne sais plus"

La Parole,

La dispute,

Sans fin, pour essayer de comprendre,

Pour te comprendre,

Pour me comprendre,

Pour te connaître,

Pour me connaître,

Pour naître à moi,

Naître à toi.

Pas pour prendre tout seul

Mais prendre avec,

Avec l'autre,

Avec toi,

Pour embrasser le monde,

Le saisir,

Le serrer dans mes bras,

Pour apprendre le silence aussi.

Avons nous toutes les réponses? Toujours?

Lui, l'assassin, voulait imposer sa loi,

Une loi toute faite,

Venue d'en haut,

Indiscutable,

Non négociable!

En te tuant Samuel,

Ils ont chercher à assassiner la parole, et le silence aussi,

L'essence même de ce qui nous fait vivre ensemble,

Cette parole qui est au cœur de nos lois

Sans fin discutées, lues, relues, corrigées, modifiées, contestées, amendées, vilipendées, manifestées,

Mille fois remises sur le métier

Avec ses mots, ses virgules, ses silences,

Enfin respectées!

Quel torrent de mots!

Quel torrent de paroles!

Envie de rire

Envie d'en rire,

Et les crayons sont là pour nous railler,

Pour se moquer

De nos travers,

De nos outrances,

De nos prétentions.

 

Et ta mort est devenue publique, objet des expressions de tous les egos,

De toutes les impudeurs,

De tous les manque de savoir-vivre,

Des savoir-mourir.

Ta mort souffle en tempête sur les réseaux du net.

Faut-il que nous nous aimions si peu?

Faut-il que nous ayons si peur?

Que nous aimions si peu l'image que nous donnons de nous pour ainsi, sans cesse, se mettre en pâture dans ces arènes apparemment sans visages mais qui, au bout du bout, peuvent tenir des couteaux, des grenades, des bombes et donner la mort, semer l'effroi et le doute en ce qui nous unit, la parole, devant la face du monde, provoquant la peur, l'effroi et puis l'angoisse?

En direct!

 

Antoine Leprette

Vendredi 6 novembre

La maison du Pêcheur

Locmiquélic

La liberté de la presse, de caricaturer, une vieille histoire française, un combat incessant pour une démocratie toujours en équilibre.

1-Le Cri du Peuple. Journal de Jules Valles interdit par A. Thiers. Il reparaît pendant la Commune de Paris en 1871 et devient le journal le plus lu à Paris. Les Communards seront massacrés par Thiers. 20 000 Parisiens assassinés durant la semaine sanglante et il y a toujours des lycées Thiers en France!

2- Une de Charlie Hebdo de janvier 2020

3- La liberté de la presse de la Croix, journal catholique à l'Humanité, journal du Parti Communiste Français.

4- Damien Glez, dessinateur franco-burkinabe dans jeune Afrique en Novembre 2020.

5- Une de Charlie Hebdo après l'assassinat de Samuel Patty. La couverture republie des caricatures de Mahomet à l'origine d'émotions violentes dans le monde musulman et des assassinats provoqués par les tenants d'un islam politique pratiquant le terrorisme.

6- "J'accuse". Lettre ouverte de Emile Zola au président Félix Faure publiée en 1898 dans le journal de G. Clémenceau, "L'Aurore". Zola accuse une dizaine de personnalités de l'Etat d'être responsable de la condamnation du capitaine Dreyfus au nom de la raison d'Etat. Cet article vaudra à son auteur d'être condamné en Cour d'Assise ce qui le pousse à s'exiler au Royaume Uni. Son article marque le début de la procédure de réhabilitation de Dreyfus.

7- Une du journal turc Kumhuryet, seul journal d'un pays à majorité musulmane à avoir défié la censure en publiant en pages intérieures les caricatures publiées dans Charlie Hebdo.

8-«Un jour, Mme de Gaulle entre dans la chambre de ses petits-enfants et les surprend en train de se bidonner devant Hara-Kiri. Elle est horrifiée et déboule dans le bureau de son mari pour lui réclamer l’interdiction du titre !». Cette anecdote rapportée par le journal Libération est délicieuse. Hara Kiri, le journal bête et méchant fondé par Bernier, Cavanna et les autres fut interdit de vente aux mineurs le lendemain de la mort de de Gaulle par le ministre de l'intérieur de l'époque, R. Marcellin. Hara-Kiri engendra Charlie Hebdo. La prude Yvonne Vendroux-de Gaulle fut par ailleurs celle qui encouragea son mari à accepter la proposition de L. Neuwirth autorisant la contraception orale. Nous sommes pétris de contradictions.

9- Caricature de Daumier qui représente Louis-Philippe en Garagantua avalant des sacs d'or. Cette lithographie fut publiée en 1831 dans le journal "Caricature" et valu à Daumier d'être condamné à six mois de prison ferme.

10- Caricature du Canard enchaîné censurée par l'Etat-major pendant la première Guerre mondiale.

11- Le président de la République, E. Macron caricaturé. Sans commentaire!

12 et 13 - "Faut espérer que ce jeu là finira bientôt".

Deux images d'Epinal qui circulaient de village en village, transmises par les colporteurs, à la veille de la Révolution française. Le Tiers-Etat représentait 90% de la population. En son sein, 80% de paysans qui faisaient vivre les deux ordres privilégiés, le clergé (ordre n°1) et la noblesse (ordre n°2). La haine pour le clergé (principalement le haut clergé) était féroce dans une grande partie du royaume de France, le royaume "très chrétien". Le catholicisme fut l'opposant le plus farouche de la liberté d'expression et de la loi de séparation des Eglises et de l'Etat, parfois très violemment, avant de découvrir la liberté que la laïcité lui apportait. La laïcité a permis de mettre un terme aux guerres de religions qui ont tant divisé et meurtri les Français, tout en permettant à chacun de vivre sa foi.

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Exil - 1 !

Rédigé par Antoine 3 commentaires
Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Exil

L'exil!

L'exil qui nous éloigne

L'exil qui nous sépare

Nous met à part

Nous rend, différents.

Étranges étrangers.

 

L'exil!

Parfois choisi

Souvent subi

Exil douleur

Rarement douceur

Exil tristesse

Parfois tendresse

Exil couleurs

Exil rencontres.

 

L'exil!

Qui nous fabrique

Qui nous façonne.

L'exil c'est partir.

Partir,

Sans revenir.

Partir,

Puis revenir.

 

Si loin!

Si près!

Les frontières nous enferment,

Les frontières nous accueillent,

Les frontières dans nos têtes,

Dans nos cœurs,

Dans nos âmes,

Des murs qui emprisonnent.

 

Où es-tu mon île,

Ma grande île,

Mon île rouge,

Mon île verte et bleue?

On m'a enlevé à toi il y a si longtemps.

L'arrachement!

C'est ainsi que je nommais la tâche grise qui hantait mes nuits d'enfants.

Et j'ai grandi si loin, avec en moi un vide, un manque, un trou que je n' pouvais nommer.

 

Où étiez-vous voix d'hommes et de femmes mêlées qui chantaient dans l'abside, derrière les bananiers verts?

Vos notes s'élevaient vers le ciel bleu et blanc,

Coulaient vers les rizières.

Elles couraient dans la ville, inondaient le jardin,

Venaient bercer l'enfant dormant sous la varangue.

La vague vous a ôté,

L'avion m'a emporté.

 

Quarante ans plus tard dans un Paris glacé,

Vos voix sortent de l'ombre.

Elles surgissent des sillons d'un vieux disque usé.

J'écoute, amusé, ces notes venues d'ailleurs.

Et puis mon cœur bondit,

Mes yeux tout embués de larmes qui débordent.

Tout au fond de mon corps, au tréfonds de mon âme,

, très loin, dans un coin perdu de cellules oubliées,

Viennent les notes des hommes et des femmes mêlées

Qui chantaient dans l'abside, derrière les bananiers.

Ces notes réveillent en moi les souvenirs enfouis.

Moments si tendres,

Oubliés,

Perdus,

Aujourd'hui retrouvés.

Et je pleure doucement.

Mon cœur est si heureux de cette joie qui coure dans le réseau si dense de mes veines bleutées,

Mes nerfs sont à vif,

Effleurés par la caresse douce de ces voix venues des rives de ma naissance.

 

Je suis retourné sur l'île,

Mon île,

La grande île,

L'île rouge, verte et bleue.

J'ai retrouvé l'abside derrière les bananiers,

J'ai entendu les chants des hommes et des femmes mêlées,

J'ai mis mes pieds d'adulte dans mes chaussures d'enfant

Et j'ai fermé les yeux pour ce voyage ailé.

Mes pas m'ont transporté,

C'est le jour du marché,

Les odeurs m’enivrent,

J'ai six mois

J'ai deux ans,

Ma main blanche dans la sienne,

Sa longue main noire si fine,

La main de Noureline,

Le long de l'océan aux couleurs vertes et bleues,

Les couleurs qui flottaient autour de la tâche si grise.

Au bout de la rue, la plage

Et la grande avenue bordée de cocotiers.

Et mes pieds me conduisent

Et je trouve la plage et la longue avenue bordée de cocotiers,

Là où le vert de l'eau se mêle au bleu du ciel,

Le long de l'océan,

Au bord du grand canal,

Celui du Mozambique.

 

Je peux pleurer enfin sur mon île retrouvée.

J'ai pu remplir le vide, le manque, le trou que je n' pouvais nommer.

Enfin réconcilié!

 

Antoine Leprette

Mercredi 23 septembre

La maison du Pêcheur

Locmiquélic

Babak

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Exil, Liberté

Il est venu de loin,

Sa besace crevée,

De son pays lointain

Qui l'avait rejeté.

Ses yeux se perdent parfois,

Son regard est muet

Dans des ailleurs glacés

Où se givre l'effroi.

 

Il s'en venait d'Orient,

De cet Iran lointain

Aux senteurs de roses,

Aux parfums de jasmin,

Cette Perse mythique

Qui fit naître les poètes,

Poètes de l'amour,

Et du temps qui s'en va,

De son pays aimant

Violé par les violents

Qui volent, qui tuent, qui blessent

Pourchassant les amants

Au nom de Dieu, au nom de diable

Au nom de tant de boniments.

 

Il est là tout cassé,

Comme un oiseau blessé

Recherchant la tendresse,

L'amour et la beauté.

Il est là l'étranger,

Si proche et si lointain

Et nous n'avons pour lui

Que nos cœurs, que nos mains

Mais c'est déjà beaucoup

Pour l'homme qui a souffert,

L'enfant qui est sorti

Des geôles de l'enfer.

 

Et l'âme sœur est là

Tant cherchée, désirée

Qui revit et qui chante

Au printemps qui renaît.

Et c'est la vie qui gagne

Et c'est l'amour offert

Comme un affront suprême

Aux geôliers amers.

 

 

 

Merci à toi, merci

Prisonnier solitaire

Qui a su t'en aller

La tête haute et claire

Chantant ta liberté

A la face des hyènes

Pour retrouver les tiens

Embrasser ceux qui t'aiment;

 

Pour retrouver celui,

Contre vents et marées,

Qui remua le ciel,

Qui boul'versa la terre

Pour guider ton chemin,

Aplanir les montagnes.

Ses yeux étaient ton phare

Qui te guidaient la nuit

Au milieu des rochers

Dressés par les méchants

Pour t'empêcher de vivre,

D'aller le retrouver.

 

Étranger tu étais,

Tu es maintenant nôtre.

Nous t'accueillons sans fards,

Sans détours, sans histoires.

Puissiez vous vivre enfin

En paix, dans l'harmonie,

Mes enfants au passé

Si douloureux, meurtri.

 

Antoine Leprette

Dimanche 14 avril 2019

La maison du pêcheur

Locmiquélic

 

Exil - II !

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Exil

Exil espoir

Exil souffrance.

Elle est partie

Ils sont partis.

Je les revois tous

Ils étaient des centaines

En une file étrange d'hommes, le regard perdu.

Aéroport de Dammam

Arabie saoudite

Le long du Golfe

Deux heures du matin

Les yeux fatigués

Silencieux

Ils attendent le sésame,

Tampon sur le passeport qui leur dira "Entrez!"

Ils ont quitté l'Inde ou le Népal, le Sri-Lanka, le Bangladesh

Un seul rêve dans les yeux

Une seule boussole

Toujours la même

Chacun la sienne

Mon garçon

Mon fils

Toi qui porte mon nom

Tu le porteras loin, très loin, plus haut que moi.

 

Il s'appelait Muhammad et venait du Bengale

Son nom est Bastarian, originaire des Indes.

Ils étaient chauffeurs, jardiniers, serveurs

Mister plomber, Silicon man, hommes à tout faire

Invisibles

Si présents

Toujours souriant devant les abbayas noires

Toujours aimables avec les tawbs blanches

Toujours si polis avec les passeports blancs.

Vous arriviez tous les matins dans les bus qui déversaient vos corps fatigués.

D'où veniez vous?

Où retourniez vous le soir quand la nuit tombait sur le désert brûlant?

A combien dormiez-vous dans ces containers chauffés à blanc sous le soleil incandescent de l'Arabie des sables?

D'où veniez-vous, vous qui, jour après jour, sans jamais s'arrêter, couraient, sceaux de goudron brûlant à la main, slalomant au milieu des quatre-quatre rutilants lancés à des vitesses folles, pour boucher les trous de leurs autoroutes sans fin?

Vous qui, sans jamais s'arrêter, chassaient le sable qui recouvrait ces rubans de bitumes filant dans le désert surchauffé,

Combat de tous les jours contre les vents de sable aux embruns dorés.

 

Et toi jeune fille aux yeux remplis de larmes,

Le cœur glacé de peur à ces lendemains flous,

Ton âme pétrie d'angoisse à quitter ton village, tes parents, ta famille, tes paysages d'enfant.

Tu serrais fort la main de ta voisine quand l'avion prit son envol pour l'Arabie des mille et unes inquiétudes.

Tu venais de Colombo, de la misère des sols boueux, des lendemains inexistants rongés par la nécessité d'achever la journée.

"Where do you come from?

Where are you going?"

Toujours les mêmes questions, lancinantes,

Mélopée en boucle.

Je viens de la misère,

Je marche vers le ciel bleu,

Vers toi dont le passeport est blanc,

Privilège insensé qui ouvre toutes les portes.

 

Mon esprit retourne à Dammam,

Son aéroport.

Deux heures du matin

Fatigué par un voyage sans fin

Je me met dans la file des hommes indiens hagards.

Un policier arrive

"Sir! Please! come on with me!"

Sans attendre, me voici devant l'officier au tampon.

Mon sésame dans la poche, je hèle un taxi.

Monde insensé, où les hommes ne valent pas les hommes.

 

Exil souffrance

Exil espoir

Exil voyage

Exil prison.

Retour de Colombo, mon épouse te rassure jeune fille aux yeux de braise.

Demain tu te rendras chez Nemera,

Elle vient de la Grande-Ile.

Ses parents avaient pris le bateau pour fuir le Pakistan.

Ses lointains aïeux avaient quitté le Yemen, il y a longtemps, si longtemps,

Ils voulaient simplement vivre un islam différent

Et Nemera t'attend.

Elle a appris en France à enseigner la langue de Molière.

Tu t'occuperas de ses enfants.

Sois rassurée jeune fille,

Les tiens sont passés avant, pour voir, vérifier, te protéger.

Nemera n'est pas la deuxième, la troisième, la quatrième épouse d'un homme tout puissant, en tawb blanche, au shemag rouge et blanc.

Elle n'a que deux enfants et son homme est doux.

Les hommes de ton pays sont passés avant toi, pour toi.

Tu as de la chance jeune fille aux yeux noirs.

Tu viens du Sri-Lanka.

 

Mariam vient des Comores,

Son patron est son maître.

Elle a osé dire non!

Le maître est passé outre.

Mariam s'est enfuie.

Accusée de vol, menacée du fouet,

Elle dort ce soir avec tant d'autres femmes derrière les grands murs aux barbelés serrés.

Elle est femme, elle est noire et ça est pas grand chose.

Nurah vient d'Erythrée

Elle a seize ans

Dhiya a donné six mille cinq cents euros à sa voisine,

Nurah garde son bébé,

Dhiya garde son passeport.

"On ne sait jamais".

Dhiya est professeure,

Dhiya est française, son papa égyptien, sa maman d'Algérie,

Un passé de Cosette,

Les Ténardiers, Jean Valjean,

C'est l'histoire de Dhiya

Nous sommes à Dammam

Au bord du Golfe arabico-persique

Année 2014 après Jésus-Christ

1436 ans après l'Hégire.

 

Exil espoir

Exil souffrance

Tu es parti

Elles sont parties.

Elles viennent de Manille

Ont laissé leurs enfants aux mains de leurs parents

Les hommes les ont laissé, frappé, abandonné

Elles sont serveuses, ménagères, nounous

Elles frottent, font briller,

Elles astiquent.

"Comment vont les enfants?"

"Bien Monsieur Antoine

Bien Madame Isabelle"

Une larme perle au coin de leurs pupilles humides.

Le dernier a quatre ans.

Il avait un an quand l'avion est parti.

 

Neeta, a plus de chance

Ménage à gauche

Ménage à droite

La serpillière, le balai et le sceau à la main

Effacée

Invisible

Douze heures par jour

Couturière la nuit

Mais son mari est là et ses enfants aussi.

Le dimanche à l'église clandestine de la ville

Elle chante,

Elle prie,

Nous emmène choisir des tissus chatoyants.

Elle nous prend par la main

Nous serre dans ses bras

Son sourire plein de vie

J'ai trouvé une amie

Enfin vue!

 

Exil qui vous emmène

Sans fin

Toujours plus loin

Ailleurs

L'histoire de Nemera,

De ses anciens aïeux

Chassés d'un lieu, pas toujours accueilli,

C'est ton histoire aussi fille d’Israël

Toi dont le roulement des R a bercé mon enfance

Toujours sur le départ au grès des caprices des princes,

De la folie des homme.

Constantinople, Espagne

Amsterdam, Alexandrie

Et puis voyage en France

La Pologne,

Pour tes frères, pour tes sœurs.

Terminus Auschwitz!

 

"Rentre chez toi sale nègre!"

Rond-Point de Charbonnage

Libreville

Gabon

J'ai troqué les sables brûlants pour le vert des forêts.

Toujours la même histoire.

"Hé! le white, le white!"

Seul homme à la peau blanche dans la foule affairée

Je ressens tout le poids d'être autre,

Différent!

"Retourne chez toi, sale nègre!"

Ils sont là tous les deux

Les yeux fixés au sol,

Vrillés à leurs souliers.

Ils viennent du Cameroun,

Chauffeurs,

Étrangers sans papiers.

Le policier à la peau noire sourit

"Ce sera dix mille francs".

 

Je rentre à la maison, m'installe sous la varangue.

"Bonjour papa!

Ca va?"

On parle deux minutes,

Pas plus.

Le travail l'attend.

Angèle est là, fidèle,

Femme courage,

A six heures le matin

A dix heures le soir,

Elle est toujours là Angèle,

Fidèle!

Elle tord le linge

Repasse

Fait à manger,

S'occupe de la fille de sa patronne.

Elle est togolaise Angèle,

Sa patronne est Fang.

Cinq ans, cinq ans sans retour au pays.

Les papiers, les visas

Et encore les papiers

Et encore les visas.

Un an de salaire pour un visa.

Sa fille a dix ans.

Angèle ne pleure pas,

Angèle travaille

"C'est pas grave Papa.

C'est la vie,

C'est ainsi!"

 

Antoine Leprette

Dimanche 27 septembre

La maison du Pêcheur

Locmiquélic

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