Dans l'anse de Keherby

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Réel

Poème publié dans le numéro 28 de la revue Spered Gouez de novembre 2022 sur le thème "l'incertitude pour principe" (cliquer sur la page de couverture)

Je me promène sous un ciel gris de nuages plombés,
Les vagues me viennent au visage,
Mon corps plie dans le vent qui tournoie.
Dans le fond de la baie, les corps gisants des bateaux,
Squelettes délaissés dans la vase putride,
Reposent abandonnés au milieu de l’estran.

Au loin, un visage apparaît dans la brume.
Un visage ?
Des formes étranges surgissent et disparaissent
Couronnées de varech,
Goémon en collier.
Je frissonne !
Ce sont les survivants de ces barques coulées,
Sûrement !
Ils profitent du vent pour nous interpeller,
Ils me tendent les bras.
Viennent-ils pour me parler ?
Que veulent ils me dire ?
Un crachin épais lacère mes paupières.
Qui sont-ils ?
Où vont-ils ?
Je ne sais quoi répondre,
Mon cœur est si troublé.

Et puis le vent se calme.
Un bandeau de lumière vient effranger la brume,
La marée est montante,
Les carcasses des canots sont happées par la houle.
Bientôt, l’air s’arrête,
Plus une risée sur l’eau.
La baie devient miroir où se mirent les oiseaux.
Je contemple hébété ce nouveau paysage.
Où sont donc ces errants venus m’interpeller?
J’erre entre deux eaux.
Était-ce un rêve ou la réalité ?
Et quelle réalité ?
Où se niche la frontière ?

Vendredi 22 avril 2022
La Maison du Pêcheur – Locmiquélic
Extrait de « Songeries », recueil en cours

Une seconde de certitude

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Amour, Temps, Rêves, Vivre
Poème publié dans le n° 188 (septembre 2022) de la revue Florilège :
En cliquant sur l'icône, vous pouvez accéder à l’intégralité de la revue :

S’endormir seul et s’éveiller dans un monde imprévu

Tu es là, devant moi

Tu me prends par la main

Et nous volons au loin

Le monde s’est ralenti

Il est presque à l’arrêt

Et nous habitons pleinement ce petit bout de Temps

Cette seconde de certitude

Dans ce monde mouvant

Juste fermer les yeux

Et sentir la vie aller

L’eau couler

La sève monter

Sentir naître le monde

Pour rien

Gratuit !

Antoine Leprette

Dimanche 3 juillet 2022

La Maison du Pêcheur – Locmiquélic

Se sentir au monde

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Nature

Poème publié dans le numéro 107 de la revue Poésie sur Seine de septembre 2022 sur le thème "La montagne" (cliquer sur la page de couverture)

Adossé à la roche, où les oiseaux se marient à la pierre
Laisser venir l’espace
Se laisser envahir
Contempler la nudité du ciel
Laisser perler l’eau du torrent
Se gorger de son froid
S’ébouriffer de vent
Vivre en se laissant traverser par le léger ondoiement des herbes et des fleurs
Allumer un feu
Être le témoin du mariage des braises et des étoiles
Marcher, grimper
Là haut
Toujours plus haut
Encore plus haut
Goûter à cet air réservé aux oies sauvages
Et là, oubliant tout ce que l’on sait
Contempler, s’émerveiller
Se sentir pleinement au monde

Antoine Leprette

Dimanche 3 juillet 2022
La Maison du Pêcheur – Locmiquélic
 « Songeries » (recueil en préparation)

Il pleut encore en Bretagne, parfois !

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Environnement

 

Il pleut dans mon jardin

Les gouttes tombent enfin, larges et grasses

Un bonheur désuet

A contre temps sans doute

Mais un bonheur si vrai

La joie de voir le vert revenir

La joie de sentir l’humus se remplir

Les fleurs s’épanouir

Un escargot qui passe

Une limace

 

Le gris du ciel apaise mes yeux trop bleus

Trop brûlés d’avoir trop contemplé l’air vibrant provençal

Les sables du désert

Les forêts tropicales

Il pleut sur la Bretagne

 

Cliché ?

Non ! Événement !

La Bretagne surchauffée par un soleil trop blanc

Que des hommes fous attisent

Tous les jours un peu plus

Activant le soufflet de leur forge assassine

 

La Bretagne est sans eau

Mais le soleil fascine le citadin meurtri

Cloîtré dans son antre de béton, de métro, de bitume

Le citadin enfoui qui rêve de peaux dorées

De plages bondées

De nouveau Saint-Tropez

Et tant pis pour la forge, les forgerons et leurs excès

Et tant pis pour demain, demain est autre chose

 

Il pleut dans mon jardin

Un merle se cache sous le lilas

Je ris !

Antoine Leprette

Mardi 07 juin 2022

La Maison du Pêcheur – Locmiquélic

 « Songeries » (recueil en préparation)

Le « bonjour » d’une fleur

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Environnement, Liberté
Poème publié dans le n° 106 (avril 2022) de la revue Poésie Sur Seine sur le thème "Les fleurs":

Je marche dans la rue.
Une fleur me dit : « Bonjour ! »
Je passe,
Je m’arrête,
Me retourne,
« Bonjour ! »

Elle est là
Sur le mur,
Un vieux mur de pierres,
Esseulée dans la ville.
« Qui es-tu ? »


« Tu ne me reconnais pas ?
Je suis la fleur,
La fleur perdue,
Oubliée,
Jetée dans les poubelles d’un romantisme que l’on dit désuet,
Assassinée au nom de la productivité,
Éradiquée des champs,
Supprimée des pavés.
J’ai du migrer,
M’exiler.
Je me suis accrochée sur les pierres du vieux mur,
Tant qu’elles sont là (le béton avance qui ne m’aime pas).
Les abeilles ont disparu,
Mes amantes ne sont plus.

Je suis la fleur,
La fleur perdue.
Je suis une couleur,
Me transforme en parfum.
Je viens hanter vos rêves
De raisons raisonnées.
A peine fleurie,
Déjà perdue,
Je renaîtrai demain,
Si bitume et béton
Ne m’ont pas délogé.
Reine de l’éphémère,
Je parfume vos vies.
Je suis la fleur sauvage
Qui pousse sur le pavé,
La fleur des champs assassinée
Par des mécaniques aveuglées.
Pesticidée, herbicidée, fongicidée,
L’abeille est ma compagne
Bientôt asphyxiée.

Je suis la fleur,
Ta fleur.
Fleur de cœur !
La fleur de Béranger,
Le coquelicot de Manet,
L’aubépine d’Hugo,
La fleur traquée
Qui hante vos sommeils informatisés
Au rythme de vos algorithmes,
Vos cervelles sucées,
Vos neurones rongés.
Je suis la survivante
D’un monde oublié,
La fleur sauvage,
La fleur du pavé,
La fleur des champs pulvérisée,
La fleur qui est l’œil
Qui regarde dans les tombes de nos vies résignées.
Au revoir ! »

« Au revoir ! »
Je lui souris,
Fais un signe de la main,
Timide,
Et reprend mon chemin,
Les mains derrière le dos,
Le front penché,
Triste !

Antoine Leprette

Jeudi 30 décembre 2021

La maison du Pêcheur – Locmiquélic

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