Le vieux pantin de bois

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Singuliers, Amour

Poème publié dans le numéro 64 de la revue Intervention à Haute Voix de Décembre 2022 sur le thème "Masques" (IHV est un atelier de poésie qui dépend de la section art créatif de la MJC de la Vallée à Chaville - cliquer sur la page de couverture pour en savoir plus)

L’homme triste est seul.

Il sourit à l’extérieur,

Il pleure à l’intérieur.

Il semble vivant quand on le croise

Mais son âme est morte depuis longtemps déjà.

Il fait semblant !

 

Il fait beau, la vie est belle !

Sautez, dansez mesdemoiselles !

Ses mains applaudissent ,

Le spectacle est grandiose.

Les danseurs, les comédiens, les musiciens, les baladins

Font rire, font pleurer,

Font vibrer les âmes à l’unisson des émotions

Mais au fond de son cœur, la joie s’en est allée,

Les sensations sont mortes.

Lui, n’est plus qu’un vieux pantin de bois,

Son nez s’allonge, il fait semblant !

 

Elle est partie celle qu’il aimait,

Elle est partie, cancérisée !

Et avec elle les rires, les couleurs, les musiques, les flonflons.

Il voudrait rire encore

Et encore chanter,

Remplir encore, encore son âme des beautés de ce monde.

Il veut y croire !

Il doit y croire !

Il sourit doucement à ses amis, à ses parents

Mais son regard est mort.

Ce sont les yeux du poisson que l’on vient de pêcher,

Les yeux de celui qui voit la vie s’en aller, à petits pas,

La vie de celui qui ne comprend pas pourquoi la vie s’en va.

La tristesse est sa compagne, son amante, sa maîtresse,

Il voudrait vivre mais n’y arrive pas.

Alors, il met son masque,

Le masque de Jean-qui-rit pour cacher Jean-qui-pleure.

Il a honte car il a peur que sa tristesse fasse peur.

Il sourit au monde

Et pleure à l’intérieur.

Il est l’homme triste qui ravale ses larmes quand il croise un ami.

Ses larmes ? Il les garde pour les confier à l’oreiller

Quand il pleure doucement sur son amour assassiné.

Là ! Il ne fait plus semblant !

 

Il est l’homme triste, il est l’homme qui pleure.

 

Antoine Leprette

Jeudi 15 juillet 2021 – La Maison du Pêcheur – Locmiquélic

Extrait de « Après le départ d’Isa » (recueil en cours)

 

Dans l'anse de Keherby

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Réel

Poème publié dans le numéro 28 de la revue Spered Gouez de novembre 2022 sur le thème "l'incertitude pour principe" (cliquer sur la page de couverture)

Je me promène sous un ciel gris de nuages plombés,
Les vagues me viennent au visage,
Mon corps plie dans le vent qui tournoie.
Dans le fond de la baie, les corps gisants des bateaux,
Squelettes délaissés dans la vase putride,
Reposent abandonnés au milieu de l’estran.

Au loin, un visage apparaît dans la brume.
Un visage ?
Des formes étranges surgissent et disparaissent
Couronnées de varech,
Goémon en collier.
Je frissonne !
Ce sont les survivants de ces barques coulées,
Sûrement !
Ils profitent du vent pour nous interpeller,
Ils me tendent les bras.
Viennent-ils pour me parler ?
Que veulent ils me dire ?
Un crachin épais lacère mes paupières.
Qui sont-ils ?
Où vont-ils ?
Je ne sais quoi répondre,
Mon cœur est si troublé.

Et puis le vent se calme.
Un bandeau de lumière vient effranger la brume,
La marée est montante,
Les carcasses des canots sont happées par la houle.
Bientôt, l’air s’arrête,
Plus une risée sur l’eau.
La baie devient miroir où se mirent les oiseaux.
Je contemple hébété ce nouveau paysage.
Où sont donc ces errants venus m’interpeller?
J’erre entre deux eaux.
Était-ce un rêve ou la réalité ?
Et quelle réalité ?
Où se niche la frontière ?

Vendredi 22 avril 2022
La Maison du Pêcheur – Locmiquélic
Extrait de « Songeries », recueil en cours

Une seconde de certitude

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Amour, Temps, Rêves, Vivre
Poème publié dans le n° 188 (septembre 2022) de la revue Florilège :
En cliquant sur l'icône, vous pouvez accéder à l’intégralité de la revue :

S’endormir seul et s’éveiller dans un monde imprévu

Tu es là, devant moi

Tu me prends par la main

Et nous volons au loin

Le monde s’est ralenti

Il est presque à l’arrêt

Et nous habitons pleinement ce petit bout de Temps

Cette seconde de certitude

Dans ce monde mouvant

Juste fermer les yeux

Et sentir la vie aller

L’eau couler

La sève monter

Sentir naître le monde

Pour rien

Gratuit !

Antoine Leprette

Dimanche 3 juillet 2022

La Maison du Pêcheur – Locmiquélic

Se sentir au monde

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Nature

Poème publié dans le numéro 107 de la revue Poésie sur Seine de septembre 2022 sur le thème "La montagne" (cliquer sur la page de couverture)

Adossé à la roche, où les oiseaux se marient à la pierre
Laisser venir l’espace
Se laisser envahir
Contempler la nudité du ciel
Laisser perler l’eau du torrent
Se gorger de son froid
S’ébouriffer de vent
Vivre en se laissant traverser par le léger ondoiement des herbes et des fleurs
Allumer un feu
Être le témoin du mariage des braises et des étoiles
Marcher, grimper
Là haut
Toujours plus haut
Encore plus haut
Goûter à cet air réservé aux oies sauvages
Et là, oubliant tout ce que l’on sait
Contempler, s’émerveiller
Se sentir pleinement au monde

Antoine Leprette

Dimanche 3 juillet 2022
La Maison du Pêcheur – Locmiquélic
 « Songeries » (recueil en préparation)

Il pleut encore en Bretagne, parfois !

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Environnement

 

Il pleut dans mon jardin

Les gouttes tombent enfin, larges et grasses

Un bonheur désuet

A contre temps sans doute

Mais un bonheur si vrai

La joie de voir le vert revenir

La joie de sentir l’humus se remplir

Les fleurs s’épanouir

Un escargot qui passe

Une limace

 

Le gris du ciel apaise mes yeux trop bleus

Trop brûlés d’avoir trop contemplé l’air vibrant provençal

Les sables du désert

Les forêts tropicales

Il pleut sur la Bretagne

 

Cliché ?

Non ! Événement !

La Bretagne surchauffée par un soleil trop blanc

Que des hommes fous attisent

Tous les jours un peu plus

Activant le soufflet de leur forge assassine

 

La Bretagne est sans eau

Mais le soleil fascine le citadin meurtri

Cloîtré dans son antre de béton, de métro, de bitume

Le citadin enfoui qui rêve de peaux dorées

De plages bondées

De nouveau Saint-Tropez

Et tant pis pour la forge, les forgerons et leurs excès

Et tant pis pour demain, demain est autre chose

 

Il pleut dans mon jardin

Un merle se cache sous le lilas

Je ris !

Antoine Leprette

Mardi 07 juin 2022

La Maison du Pêcheur – Locmiquélic

 « Songeries » (recueil en préparation)

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