Vingt-septième jour de confinement - I

Rédigé par Antoine Aucun commentaire
Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Confinement, Epidémie, Temps

Je ne compte plus les jours

Je ne compte plus les nuits

"Ô temps suspend ton vol!"

Et le temps s'est posé

Et le temps s'est figé

Dans un souffle

Plus un souffle

Dans cet instant volé

Qui dure l'éternité

Le monde s'est arrêté

De vivre, de respirer.

 

Inspire

Expire

Inspire

Expire

Et puis, sans crier gare

Entre inspire et expire

La pause

La pause du temps

Pause sur image dans un replis du temps,

Une légère suspension

Un univers entier

Que va-t-il se passer?

Nous sommes effarés

L'arrêt du temps

Nous contemplons avec terreur ce monde détruit

Ce champ de ruine

Nos champs,

Nos ruines.

 

L'arrêt du temps nous donne le temps

Le temps de voir

De regarder

De voir passer le temps

Stupéfaits!

Le temps s'est arrêté

Nous ne respirons plus

Et pourtant

Nos cœurs continuent de battre

A vide

Arrêt sur image

Qu'avons nous fait ?

Tout est dévasté.

 

Je suis sur une île déserte

Et je suis seul au monde

Personne

Le monde est suspendu.

Dans les rues de mon île

Il y a pourtant des gens

Des passants,

Figés

Masqués

La démarche mécanique

Ils bougent et ne bougent pas

Ils n'ont plus de visages

Leurs yeux sont vides, inquiets.

 

On voit des hommes, des femmes

Mais pas d'enfants.

Il n'y a plus d'enfants!

Les enfants sont cachés.

Mon île, c'est Pompéi

Nous sommes couverts de cendres

Et pourtant!

Nos cœurs continuent de pulser

Mais notre sang ne circule plus

Qu'allons nous devenir?

 

Un oiseau est passé et m'a pris par la main

Non! je n'ai pas rêvé

J'ai vu son œil cligner

Il m'a fait signe de sa plume

Et mon sang s'est remis à couler.

Dans la rue, un grand bruit

Des chants

Des cris de joie

On se fait signe de la main

On danse sur les balcons

Au son des guitares

Aux rythmes des tambours

Au loin, les montagnes brillent

On ne les voyait plus.

Un oiseau est passé, nous a pris par les mains

Et puis s'est envolé.

 

Un hoquet!

Notre respiration bloquée s'entrouvre à l'air nouveau

Presque étouffés.

Nous regardons l'oiseau

Et nous nous regardons.

L'air est entré dans nos poumons glacés

Un air frais, si frais,

Notre sang s'est mis à ruer, à rugir

Un sang rouge, oxygéné

Nous n'avions plus l'habitude.

Nous nous sommes contemplés

Et nous avons souri

Et nous avons ri

Et nous avons pleuré

Pleuré de rires et de sourires

Pleurés de sentir la vie.

 

Le soleil était rouge et les oiseaux volaient

Nous entendions leurs chants

Un chant doux et sauvage

Alors!

Nous nous sommes aimés

Timidement

Avec pudeur

Doucement

Avec lenteur

Puis plus vite

Au rythme des tambours qui battaient dans la vallée

Et ils disaient les tambours:

"L'air est pur

Écoutez les oiseaux"

 

Alors!

Alors!

Nous avons dansé

Les hommes avec les femmes

Les femmes avec les hommes

Les hommes avec les hommes

Les femmes avec les femmes

Tous mêlés

Tous emmêlés

Et nous avons chanté

"Au clair de la lune, mon ami oiseau

Donne moi ta plume

Pour chanter plus haut"

Et nous avons promis

Nous avons fait serment

Quand nous avons senti notre sang qui coulait

Qui recommençait à mugir dans nos veines bleutées

Nous avons juré

De ne plus jamais recommencer

Pour ne plus avoir a revivre l'arrêt du temps

Ne plus jamais se demander:

""Qu'avons nous fait?"

Antoine Leprette

11 avril 2020 - Maison du Pêcheur - Locmiquélic

Extrait de "Blues du soir: le grand cris de l'arbre" (Inédit)

Dix-neuvième jour de confinement

Rédigé par Antoine Aucun commentaire
Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Confinement, Epidémie

Silence
Torpeur
Et encore le silence
Serions nous les seuls survivants?
La Terre est entrée en collision avec un paquet de coton.
Nous sommes ouatés
Nous errons dans des rues vides.
Tiens, un autre être humain!
Que c'est étrange!
Nous nous écartons sur son passage
L'autre est devenu notre ennemi
Et pourtant!
Nous lui sourions
Discret geste de la main
Un léger "Bonsoir!"
Une dernière complicité
Un dernier reste d'humanité.
Nous vivons comme si c'était l'Apocalypse.
C'est venu comme ça
D'un coup
En douceur
Si doucement.

Ouate
Nous baignons dans la ouate
Tout arrive feutré
Non par la porte d'entrée mais par écran interposé
Et nous acceptons tout
C'est arrivé si vite.
Quelles journées étranges
Mes amis sont devenus des numéros
On échange des textos, tout, n'importe quoi
Il paraît qu'on meurt mais où sont donc les morts?
Nous vivons, mangeons, respirons, dormons dans nos bulles
Nous sommes des milliards de bulles
Qui flottent
Dans nos maisons
Dans les rues.

La moitié de l'humanité s'est arrêtée de vivre
Gestes suspendus
Figés
Respiration coupée
On parle
On écrit
Beaucoup
Trop sans doute
Trop vite pour compenser le vide sidérant de nos vies à l'arrêt.
Des écrans, nous arrivent des flots de vie
On s'interpelle sur les balcons
On meurt, on soigne, on se bat partout
Dans les rues, les magasins, dans les champs, les hôpitaux.
Les artistes, les musées, les savants
C'est un immense partage
Dans une réalité bizarre
Sur le net, ce grand bazar
Souk moderne sans odeur.
Une vie nouvelle qui coure le long des fils
Qui vole dans l'espace.
Et je vois mes enfants
Ils sont là sur l'écran
Vivants
Ils me font signe de la main.

"Nous sommes en l'an 2020"
Titre de film de science fiction
De roman d'anticipation.
Je suis petit
Adolescent
Allongé sur mon divan
Je lis mes bandes dessinées

"Nous sommes en 2020
Silence
Torpeur
Et encore le silence
Serions nous les seuls survivants?
La Terre est entrée en collision avec un paquet de coton"

Antoine Leprette

Mardi 3 avril 2020 - La maison du pêcheur - Locmiquélic

Extrait de "Blues du soir: le grand cris de l'arbre" (Inédit)

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