Le « bonjour » d’une fleur

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Environnement, Liberté
Poème publié dans le n° 106 (avril 2022) de la revue Poésie Sur Seine sur le thème "Les fleurs":

Je marche dans la rue.
Une fleur me dit : « Bonjour ! »
Je passe,
Je m’arrête,
Me retourne,
« Bonjour ! »

Elle est là
Sur le mur,
Un vieux mur de pierres,
Esseulée dans la ville.
« Qui es-tu ? »


« Tu ne me reconnais pas ?
Je suis la fleur,
La fleur perdue,
Oubliée,
Jetée dans les poubelles d’un romantisme que l’on dit désuet,
Assassinée au nom de la productivité,
Éradiquée des champs,
Supprimée des pavés.
J’ai du migrer,
M’exiler.
Je me suis accrochée sur les pierres du vieux mur,
Tant qu’elles sont là (le béton avance qui ne m’aime pas).
Les abeilles ont disparu,
Mes amantes ne sont plus.

Je suis la fleur,
La fleur perdue.
Je suis une couleur,
Me transforme en parfum.
Je viens hanter vos rêves
De raisons raisonnées.
A peine fleurie,
Déjà perdue,
Je renaîtrai demain,
Si bitume et béton
Ne m’ont pas délogé.
Reine de l’éphémère,
Je parfume vos vies.
Je suis la fleur sauvage
Qui pousse sur le pavé,
La fleur des champs assassinée
Par des mécaniques aveuglées.
Pesticidée, herbicidée, fongicidée,
L’abeille est ma compagne
Bientôt asphyxiée.

Je suis la fleur,
Ta fleur.
Fleur de cœur !
La fleur de Béranger,
Le coquelicot de Manet,
L’aubépine d’Hugo,
La fleur traquée
Qui hante vos sommeils informatisés
Au rythme de vos algorithmes,
Vos cervelles sucées,
Vos neurones rongés.
Je suis la survivante
D’un monde oublié,
La fleur sauvage,
La fleur du pavé,
La fleur des champs pulvérisée,
La fleur qui est l’œil
Qui regarde dans les tombes de nos vies résignées.
Au revoir ! »

« Au revoir ! »
Je lui souris,
Fais un signe de la main,
Timide,
Et reprend mon chemin,
Les mains derrière le dos,
Le front penché,
Triste !

Antoine Leprette

Jeudi 30 décembre 2021

La maison du Pêcheur – Locmiquélic

Rencontres

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Amour, Vivre, Liberté
Je marchais dans la colline,
Inondé de lumière et du bleu de la mer.
Sur un rocher, un grand oiseau blanc m’attendait.
Il me dit : 
« Vole !
Ai confiance !
Tu peux vivre maintenant. »

Sur les rives d’un grand lac,
J’ai vu un cygne bleu au long cou si gracieux.
S’inclinant devant moi,
Il me dit :
« Apprivoise ta solitude !
Il va te falloir l’aimer pour deux. »

Continuant mon chemin, j’ai croisé un grand paon.
Sa queue faisait la roue. 
Saluant mon passage,
Il me dit :
« Tu as construit une maison
Tu as arpenté bien des chemins
Tu as nagé dans le lac des souvenirs anciens
Tu as rêvé tout haut d’impossibles futurs
Tu as aimé, ô combien !
Et ton amour s’est envolé sur un oiseau d’argent.
Il est temps maintenant !
Plonge tes mains dans la glaise
Façonne ton présent »

Alors !
Alors, j’ai ouvert les bras
Et comme un enfant ivre de soleil et de vent
Je me suis mis à courir,
A courir en chantant
« La la la laaa, 
La la la laaa, 
Laaa »
(La sol fa mi
Sol fa mi ré
Mi)


Antoine leprette

Mercredi 2 mars 2022 L’Appart’ de la colline
Marseille
«Après le départ d’Isa» (en préparation)

Foutez nous donc la paix

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Liberté

	A nos amis Ukrainiens, Syriens, Yéménites...

Nous crions dans l’orage
Nous hurlons dans le ciel bleu
Devenu gris
Devenu noir
Tourmenté

Ils sont revenus
On les croyait finis
Il n’en n’ont jamais assez
Ils sont revenus les buveurs de sang
De notre sang
On les croyait d’un autre Temps
Ils sont de tous les Temps
Les suceurs de sang
Avec leurs tristes jouets morbides
Leurs tanks, leurs avions et leurs bombes
Leurs grands mots et leurs mensonges
La haine au ventre
La haine au cœur
La haine aux yeux
La haine de la vie
Ils n’aiment que la mort
Jamais la leur
Celle des autres
Les Autres
Les Pas pareils
Les Pas comme eux
Les différents
Ils n’aiment pas la vie
La vie leur fait peur

Nous crions dans l’orage
Nous hurlons dans le ciel bleu
Devenu gris
Devenu noir
Sinistré
Mais nous continuons
Oui nous continuerons
Encore et toujours
Partout et en tous lieux
A crier ton nom
« Liberté »

Foutez nous la paix !

Antoine Leprette

Lundi 21 mars 2022 - La maison du Pêcheur – Locmiquélic dans « Blues du soir (en préparation)

29 octobre 1922 ! 5 mars 1933 ! 24 avril 2022 ?

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Liberté
Encore et encore merci à Eugène Ionesco pour avoir écrit « Rhinocéros »

Chemises noires
Chemises brunes
Les vautours sont de retour
Tapis dans la nuit
Aux aguets
Prêts à tout
Pour béqueter les charognes
L’air putride de nos faiblesses

Au soleil
Paillettes et blonds cheveux
Mais dans la nuit
Dents acérées
Chemises brunes
Chemises noires
Tissées de mensonges et de haine
Décolorées par la peur
La peur de l’autre, 
De la vie

Les rhinocéros sont dans la ville
Un, puis deux, puis mille
Ils sont maintenant des millions
Leurs troupeaux se répandent
Dans les bureaux
A la radio

Puissions nous tous ensemble crier :
« Ce n’est pourtant pas si vilain que ça un homme..
(…)
On ne m’aura pas, moi
Vous ne m’aurez pas, moi
Je ne vous suivrai pas,
Je ne vous comprends pas !
Je reste ce que je suis.
Je suis un être humain.
Un être humain.
(...)
Contre tout le monde,
Je me défendrai !
Je suis le dernier homme,
Je le resterai jusqu’au bout !
Je ne capitule pas !1»

Antoine Leprette

Jeudi 15 avril 2022 - La maison du Pêcheur – Locmiquélic - dans «Blues du soir» (en préparation)

1« Rhinocéros », Eugène Ionesco, Acte III

Il s’appelait Chico

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Liberté
 

Ses doigts courts, épais
Ses doigts courraient 
Agiles sur le clavier
Le clavier du piano
Du piano à bretelles

C’était jour de marché
Il faisait beau ou il pleuvait
Ses notes s’envolaient pour nous faire danser
Valses, tangos, sambas
Devant « Chez Josette »
Devant « Chez Paulette »
Il jouait pour nous tous
Pour nous donner un peu
De son soleil à lui
Un pt’tit bout de bonheur

Il venait de si loin
Son singe sur les épaules
Son grand chapeau, légèrement penché
Il venait de si loin
Là-bas
Des Canaries

Il savait tout jouer, piano, saxo, violon
Il aurait pu jouer Mozart, Chopin, Verdi
Dans de beaux théâtres
Dans des salles averties
Sa sœur l’avait fait, qui chantait Rossini

Mais lui avait choisi
Pas de baguettes pour moi
Je rêve avec Schubert
Mais préfère les flonflons
Les airs d’accordéons
Pour faire danser musette
Les filles et les garçons
Ne rien devoir
Ni à Dieu, ni à Diable
A personne
Mais donner du bonheur
De ces bonheurs tout simples
Mes notes si futiles
Mes rythmes qui dansent
Mes notes d’accordéon

Et puis !
A la fin du morceau
Sa tête s’inclinait
Lentement sur le côté
Son bras droit quittait le clavier
Le clavier de son piano
Son piano à bretelles
Son pied droit en avant
Son bras droit lentement
Doucement se levait
Avec un grand sourire
Pour saluer
Il vous disait « merci !
De m’avoir écouter
De m’avoir applaudi »

Il s’appelait Chico
Il était notre ami.

 

Antoine Leprette

Mardi 7 septembre 2021

La Maison du Pêcheur – Locmiquélic

"Être(s) libre(s)! Vivant(s)!" (recueil en préparation)

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