Dépression, Les âmes errantes, L'espérance est un songe

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Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Solitude, Ennui, Dépression

Trois poèmes publiés dans le n° 205 de la revue Verso

Dépression

J’ai un serre-tête sur les tempes

Une mâchoire sur la nuque

Un voile noir de chagrin

Un ascenseur sur l’œsophage

Plexus en vrac

Petits papillons noirs

Insidieuses nausées

Et je voudrai dormir !

01 mars 2024

 

Les âmes errantes

Qui sont ces ombres errantes qui flottent à la surface du monde ?

Frénétiques, elles s’agitent en tous sens

Danseuses spectrales

Fantômes de nuit

Quelle raison les anime ?

Où vont-elles ainsi du levant au couchant ?

Que deviennent leurs traces après la pluie du soir ?

Corps sans âmes

Âmes erratiques

Dès jetés sur le plateau feutré

Dès qui roulent

Dès pipés

Parfois, je me demande !

03 mars 2024

 

L’espérance est un songe

Vivre est un mensonge,

Espérer est un songe,

Chaque jour qui passe tue celui qui s’en va.

Vivre c’est jouer et tous les jours je mise,

Comme au poker.

Et si je gagne tant mieux et tant pis si je perds.

Nous vivons, une chouette sur l’épaule gauche,

Elle nous dit je t’attends.

En l’attendant, je fais semblant.

Je rêve ma vie, je la dessine,

Côté pile pour la vie,

Côté face c’est mourir.

Mais si je truque la pièce, elle roule sur la tranche

Mais toujours, toujours, elle finit par tomber.

De quel côté ?

C’est la chouette qui décide sauf à truquer le barillet.

 

Nous sommes hier, aujourd'hui et demain,

De notre Temps, nos vies forment les grains.

Mes atomes vivaient dans la semence de mon père,

Dans les ovules de ma mère.

Demain ils seront mer, terre ou bien poussière,

Pâquerette ou gabian, poireau ou éléphant.

Nous sommes naissance, mort et jouissance,

Tout à la fois, une succession d'instants,

Bonheur tragique et magnifique de notre condition.

Tout est respiration,

Inspire,

Expire,

Nous, l'Univers et le Temps,

L'infini dans la paume de la main1.

 

Poussières d'étoiles2,

Pétris d'amour et de passion, de vie et mort mêlées,

Hébétés devant un bouton d'or,

Rêveurs d'étoiles,

Tour a tour amants, parents et assassins,

L'éphémère est notre lot,

Demain est notre espoir,

Aujourd'hui notre combat,

Hier, nos paradis perdus.

L'espérance est sans objet,

C’est moi qui dessine et choisis les couleurs.

Dans les cocktails Molotov, j’ai mis du Martini3

Et tant pis pour la chouette !

Vivre c’est choisir et survivre est subir.

Samedi 8 février 2025 - La Maison du pêcheur

 

Antoine LEPRETTE

 

1Titre d’un ouvrage du biologiste Matthieu Ricard et de l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan.

2Titre d’un ouvrage de l’astro-pĥysicien Hubert Reeves

3Allusion à un vers tiré du poème de Léo Ferré Il n’y a plus rien

Le monde dans une brindille

Rédigé par Antoine Aucun commentaire
Classé dans : Voyages en poésie Mots clés : Vivre, Ennui

Courir !
Courir !
Encore courir !
Au loin le métro, 
Le téléphone dans ma poche,
Dans mon sac, les clefs de ma voiture,
Mon chéquier, mon portefeuilles,
« Bonjour mon amour ! À ce soir ! »
« Salut les enfants ! Travaillez bien ! »
« Vous allez bien madame Martin? 
Oui ! Oui ! Je sais ! Vous me direz ? »
Allo ?
Allo ……

Je dérive !
Loin, très loin, dans un nuage de coton,
J’entends des bruits étranges :
Tuuut ! Tuuuut !
Une sonnerie !
Des gens s’affairent autour de moi.
Où suis-je ?
Mon esprit s’envole.

«Qu’est-ce que j’peux faire !
 J’sais pas quoi faire !»
« Silence ! J’écris ! »
Anna Karina et Jean Paul Belmondo, dans un paysage de rêve, traversent mon écran intérieur.

J’ai dix ans.
Il fait chaud, très chaud !
Le soleil darde ses rayons brûlants,
L’air vibre au-dessus des touffes de thym,
Le puits et la citerne,
La citerne et le puits.
«Qu’est-ce que j’peux faire !
 J’sais pas quoi faire !»
Je m’allonge sur le sol et contemple une mante religieuse avaler son mâle.
Plus loin, une araignée tisse sa toile,
Je lui donne une mouche et la regarde l’envelopper.
Thriller !
Une colonne de fourmis s’agite à double sens,
Une véritable autoroute traverse la campagne,
Je la suis le long des feuilles mortes,
Sur le rebord des branches,
Au travers du vieux mur de pierres sèches.
« Ne s’arrêtent-elles jamais ? »
Du vieux gramophone de la véranda me parvient ce vieil air :
« Y a tant de choses, tant de choses, tant de choses à voir ! »
Je m’allonge sur le sol.
L’incessant crissement des cigales me berce.
Je m’endors !

Ma sœur arrive !
Elle est la comtesse de la Pâte Feuilletée,
Je suis le marquis de la Motte-Piquet-Grenelle du Château de Sceaux.
Nous partons en riant nous construire un château au milieu des lauriers-tain.

Vivre !
Vivre intensément chaque seconde qui passe !
Fermer les yeux !
Écouter le bruit des vaches !
Sentir le soleil se cacher doucement derrière les grands pins,
Couleurs du soir, rouges, roses, bleus, verts, violets et ors mêlés !
Recréer les décors sur la feuille de papier,
Faire jaillir leurs notes sous l’archet du violon,
Faire sonner les mots pour raconter l’histoire !
A quoi pensait le petit Magellan, perché sur son vieux mur de pierres sèches en regardant les vignes onduler à l’infini ?
« Maman ! Qu’-y-a-t’il de l’autre côté des vignes ? »
Sur le sol craquelé par la chaleur torride,
Je construit mon bateau avec des brindilles.
« Vole, nage, affronte la vague et les démons hurlants !
Va mon navire, traverse l’océan !
Va découvrir les îles aux senteurs dorées
Où des enfants tout nus jouent avec la marée.»
Je suis sur la plage,
Un coquillage sur l’oreille et le monde entier me raconte son histoire.

Les enfants vivent une vie chaque jour.

« Tuuuut ! Tuuuut ! »
« Regardez, il émerge, il a ouvert un œil ! »
Je découvre ahuri ces hommes et femmes en bleu qui s’agitent autour de mon lit.
Je fais un signe de la main.
« Vous allez bien ? »
« Oui !  Je dis : « à bientôt ! » à l’enfant. »
Je me lève et m’en vais.
Une légère brise agite les marronniers.
Un air si doux fredonne sur ma joue.
Je sors en sifflotant !

Antoine Leprette

Mercredi 17 mars 2021
La Maison du pêcheur - Locmiquélic 

"Dans les fêlures du Temps" recueil en préparation

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