A nos amis iraniens

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Au début du mois d’octobre, alors que s’étendait la révolte de la jeunesse iranienne suite à la mort d’une jeune femme de 22 ans, Mahsa Amini, dans un commissariat iranien de la police des mœurs, le 16 septembre dernier, pour une mèche de cheveux dépassant de son voile, je demandais à Titouan, réfugié iranien en France, des nouvelles de son pays, de ses amis et notamment de Béhi avec qui il a beaucoup travaillé pour accompagner graphiquement mon recueil de poèmes « Dans les fêlures du temps » que nous n’avons pas eu le temps d’achever. Titouan me répondit qu’il n’avait pas de nouvelles de Béhi du fait des censures sur le réseau. Il m’écrivit ce message que je n’ai pas voulu garder pour moi et que je publie aujourd’hui avec son accord. Behi et Titouan sont les co-auteurs de la page de couverture d’un autre de mes recueils « Être(s) libre(s) ! vivant(s) »  pour lequel nous cherchons un éditeur.

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La poésie et la chanson en révolte

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En 2022, la chanson et la poésie sont au cœur des révoltes et des contestations dans de nombreux pays qui subissent invasion militaire ou dictatures. Petit tour d’horizon : "Baraye" en Iran, "Le Déserteur" de Boris Vian en Russie, louzi tchervona kalyna (Hey Hey rise up) en Ukraine

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n°186 de la revue Florilège

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Elle court, elle court la poésie

J’ai lu quelque part que la poésie n’aurait plus rien à dire. Étrange cécité !

La poésie est comme les autres formes d’art, une possibilité de capter les émotions du monde et de les lui renvoyer. Publiques ou intimes, ces émotions sont universelles, fruits de notre condition humaine. S’interroger sur le temps qui passe, les mystères de la beauté d’une fleur, les douceurs et les violences de l’amour, le regard perdu d’un passant, les conditions meurtrières de traversée de la Méditerranée d’hommes et de femmes fuyant la misère d’un ailleurs si proche, la disparition des abeilles, la souffrance d’une femme battue, les ressorts cachés de nos joies et de nos peines, autant d’émotions partagées que la poésie capte et nous renvoie.

La poésie est aujourd’hui vivante, partout, pratiquée, lue, chantée, écoutée et si elle n’a plus l’honneur des médias qui ont pignon sur rue, elle parcourt avec bonheur nos quartiers et nos villages. Notre pays est irrigué de centaines de revues et maisons d’édition qui se consacrent à l’art poétique, au service de milliers de poètes, de tous âges, des deux sexes qui trouvent dans leur art le moyen d’échanger leurs émotions et leur amour des mots. Partout vivent des ateliers d’écriture, des cercles de lecture, des festivals. Des spectacles naissent chaque jour, tous en équilibre, toujours menacés, un combat de tous les jours sous le regard vide de beaucoup de nos édiles.

Dans ce siècle déboussolé, plus que jamais la poésie doit pouvoir tout dire, de nos futilités, de nos souffrances, de nos révoltes, de nos outrances, avec violence, délicatesse, chacun dans son style, des styles qui parcourent toutes la gamme des mots et de leurs arrangements. Les poètes composent les mots comme les peintres les couleurs, les musiciens les sons, les danseurs les formes du corps.

Ensuite ? Le poème vole de ses propres ailes. Il vole, créé, recréé par ceux qui le publient, le lisent, le disent, le slament, le rappent, le chantent dans l’intimité d’une chambre sous les toits, accompagné d’un luth ou au micro d’une salle saturée de musique électrique. Il est bon parfois de se rappeler ce cris de Léo Ferré : « La poésie est une clameur. Elle doit être entendue comme la musique… »

Affirmer que la poésie n’a plus rien à dire, c’est penser que nous savons tout de nous et de nos rapports au monde. Et pourtant ! nous sommes à nous mêmes les premiers mystères de l’existence et aux autres le second. De quoi explorer jusqu’à la fin des temps.

 

Antoine LEPRETTE

Texte publié en éditorial dans le numéro 186 de la revue Florilège.

On peut aussi y trouver le poème Quinze ans (cf. Plus bas)

 

 

 

 

 

 

 

L'année s'annonce bien sombre

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Trump n’est plus là mais est tapi dans l’ombre ; Bolsonaro sévit encore, Poutine et Xi Jin Ping s’incrustent. Les bruits de bottes reviennent, en face de Taïwan, en Iran, aux frontières de l’Ukraine... qui accompagnent les hurlements des chiens de prairie (et ce n’est pas gentil pour les chiens de prairie, qu’ils m‘excusent pour la métaphore facile) qui n’ont que la haine à la bouche, pour qui l’autre est toujours l’ennemi par excellence et auxquels trop d’entre nous prêtent des oreilles attentives au prétexte que « Tout le monde à le droit de parler », qu’« Ils ne disent pas que des conneries ! »… Des conneries financées en France par les milliards de l’héritière des cimenteries Lambert ou de Vincent Bolloré, proférées par des spécialistes de la réécriture fantasmée de l’histoire, histoires nationales, religieuses… Nationalismes et ultra-conservatismes religieux même combat, c’est la même façon de penser, dans certains cercles à Paris, Kaboul, Téhéran, dans le quartier de Bnei Brak à Tel-Aviv, à Mount Juliet dans le Tenessee, dans les cercles jihadistes ou dans la folie des réseaux sociaux. Partout s’étend la banalisation du mal dont nous parlait Hannah Arendt en 1963.

Relisons « Rhinocéros » de Ionesco, « Inconnu à cette adresse » de Katerine Kressmann-Taylor, réécoutons la magnifique chanson d’Abd el Malik « Les autres ! », « Anne ma sœur Anne » de Louis Chedid. Méditons ces phrases du pasteur Martin Niemöller qui écrivait en 1946 :
«  Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Puis ils sont venus chercher les Juifs, je n'ai rien dit. Parce que je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester.  »
Puis ils se sont débarrassés des « malades, les prétendus incurables ». Martin Niemöller qui fut interné en camp de concentration en 1937 racontait : « Je me souviens d'une conversation avec une personne qui se disait chrétienne. Il disait : peut-être que c'est une bonne chose, ces malades incurables coûtent de l'argent à l'État, ils ne sont qu'un fardeau pour eux-mêmes et pour les autres. N'est-il pas mieux pour tout le monde si on les retire de la société ? »
Juifs, musulmans, Noirs, venus d’ailleurs, homosexuels, transgenres, femmes, pauvres, handicapés... enfin, tous ceux qui sont pas comme eux quoi !
Les bruits de bottes reviennent et en plus, ça chauffe ! De plus en plus aussi. Saurons nous sacrifier un peu de nos conforts de vie, revenir à des vies plus raisonnables ? Saurons nous mettre la main à la poche pour que les plus modestes puissent affronter les tempêtes à venir sans être totalement emportés ?

Heureusement, des lumières tremblent dans le noir : la fougue, l’ intelligence et la détermination de la jeunesse qui est notre seul avenir ; des voix aussi, ces grandes voix très diverses, de tous âges, qui sans cesse nous montrent des chemins nouveaux, en Inde, dans les pays arabes, en Amérique du sud, en Afrique, même si certains nous ont quitté (adieu Pierre Rahbi, Desmond Tutu...), les scientifiques du Giec, Edgar Morin, le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, Jorge Mario Bergoglio dit François, Philippe Descola, l’américano-palestinien Edward Saïd, la professeure indienne de littérature Gayatri Spivak, Greta Thunberg et bien d’autres ; des peuples qui osent malgré les balles des assassins, en Afghanistan, au Soudan, en Birmanie, au Tibet, à Hong Kong, en terre Ouïgour…

Le monde bouge, très vite, agité de mouvements internes très forts. Partout dans le monde, des intellectuels d’une jeunesse d’esprit inouïe, pensent ce monde qui n’est pas en crise mais en mutation profonde et très rapide. Les hommes bougent, se rencontrent de plus en plus. En France, en moyenne nous perdons nos parents quand nous avons… 63 ans, les jeunes envisagent leur premier enfant vers trente ans et nos politiques continuent de penser comme dans un XIX° siècle attardé où l’espérance de vie était de 35 ans, voir un XX° siècle qui n’en finit pas de finir, englués dans des peurs de perdre les paradis perdu de leurs enfances fantasmées sans comprendre le dynamisme et la créativité formidable de leurs contemporains de France, d’Europe, d’Asie, d’Afrique, du monde entier. En Arabie saoudite, j’étais époustouflé de la fraîcheur inventive de la jeunesse de ce pays malgré le totalitarisme religieux en place. Les rêves de modernité de mes élèves libanais, syriens, égyptiens, gabonais m’offraient un contraste sidérant mais sévère avec la réalité de leurs États souvent dictatoriaux et la pensée rassie de nos politiques nationaux.

Nous sommes libres, puissamment libres, c’est le fondement de nos existences. Puissent nos contemporains faire les bons choix dans les décisions à venir. Puisse le peuple redevenu foule pour plagier Victor Hugo se reconstruire peuple rejetant la vulgarité triomphante d’aujourd’hui pour s’appuyer sur nos valeurs fortes d’humanisme, actualisées au contact de la différence et par la prise de conscience que nos prétentions à vouloir tout diriger dans le monde sont vaines, datent d’un autre temps et qu’il faut s’enrichir de la pensée des autres qui aujourd’hui, de la Chine au Chili en passant par le Rwanda, pensent ensemble notre planète.

Notre pays n’est pas une réalité hors sol et hors du temps mais une construction millénaire qui s’approfondit chaque jour en s’ouvrant aux autres, de Christine de Pisan à Pap Ndiaye en passant par Léonard de Vinci et Marie Curie, sans oublier les ouvriers italiens, polonais, espagnols, portugais, algériens, africains qui ont creusé nos mines, construits nos routes et nos voitures, qui s’occupent de nos personnes âgées et dont les enfants ont parfois donné des ministres, des scientifiques ou des sportifs de haut niveau et des patrons de start up de plus en plus innovantes.

Il est terrifiant de voir la stupidité des ego dominer et fracturer ceux dont la priorité des priorité devraient être de s’unir pour freiner, si cela est encore possible la catastrophe climatique en marche, pour empêcher la peste noire et brune de se répandre plus, d’aider les plus modestes d’entre nous, partout, à traverser les épreuves à venir, d’approfondir l’union de nos peuples d’Europe face aux menaces du monde et de rétablir les ponts avec nos amis d’Afrique et d’ailleurs autrement que dans des rapports d’une arrogance vestige du passé. Multiplions les partenariats avec les lycées, les universités africaines, facilitons les voyages de notre jeunesse...

Aujourd’hui, la parole des femmes et des anciens enfants se libèrent. On ne peut que s’en réjouir. Les enfants, les femmes n’appartiennent à personne, ni à leurs parents, ni à leurs pères, ni à leurs mères, frères, oncles ou grand-pères. Il faut toujours, encore et toujours le crier haut et fort. Nul n’a le droit de disposer du corps et des âmes des autres, en aucune manière. Jamais ! Quelque soit nos fois, nos convictions intimes.

Le monde avance toujours, cahin-caha, de façon parfois plus qu’étrange mais c’est source d’espérance. C’est avec une émotion très forte que j’ai pu admirer à la télévision ces derniers jours, moi qui ai vécu dans les déserts d’Arabie, une jeune femme saoudienne, cheveux au vent, le casque à la main, fière d’être une femme debout, actuelle 13° de sa catégorie dans le Dakar saoudien. Même si le Dakar est une connerie à l’heure du réchauffement climatique.

 

Antoine Leprette

Un olivier en exil sur l'île de Groix

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Classé dans : Autres regards Mots clés : Nature, Exil

Ces derniers jours, j’ai navigué vers l’île de Groix. Je m’y suis rendu sur mon voilier, Betsileo. J’ai dormi une première nuit à Port-Tudy puis randonné toute une journée sur l’île. Magnifique promenade. Des paysages superbes de landes et de falaises.
Au cours de ma promenade, j’ai rencontré deux dames qui contemplaient un olivier planté dans leur jardin. Il leur paraissait très beau et elles échangeaient leur fierté de la façon dont il était taillé. A quelques mètres, je contemplai cet arbre étrange, ici, comme en exil, pas vraiment à sa place. Je partageai sa tristesse et son chagrin de se savoir si loin des paysages tant aimés, au-delà de la beauté des lieux dans lequel il avait échoué. Les dames, s’apercevant de ma présence, me demandèrent ce que je pensai de la taille de leur arbre. Retrouvant spontanément l’accent de mes pères, je leur répondis gentiment que ce n’était pas un olivier. L’arbre que j’avais devant moi était très beau, tout buissonnant mais ce n’était pas un olivier. Il n’en n’avait plus les couleurs, le chatoiement argenté des feuilles et des écorces sous la lumière brûlante de la Méditerranée. Cet arbre était étranger sur cette terre, dans cette lande austère. Il lui manquait le frémissement de l’air sous le soleil brûlant. Il lui manquait le bleu si lumineux d’un ciel sans nuages. Il lui manquait les vignes et les pins se balançant mollement sous un air léger ou ployant à craquer sous un violent mistral. Il lui manquait la terre, la terre rouge dans laquelle pousse les cailloux des terres de Provence, d’Espagne, d’Italie, de Grèce, d’Algérie, de Palestine. Il lui manquait les mains calleuses des paysans du Sud et les visages rudes mais ouverts, burinés par le soleil de la Méditerranée. Oui ! Cet arbre était bien triste, tout seul dans son jardin à faire la déco et il faisait ce qu’il pouvait le pauvre pour faire plaisir à ces dames qui lui paraissaient bonnes et gentilles.  Cet arbre que je voyais, vert sombre sous le soleil si gris avait perdu son nom.
Aux dames, je dis encore que les anciens en Provence, taillent les oliviers de telle façon qu’une tourterelle puisse se loger en son sein sans difficultés. Saisissant une de ses branches, je lui dis : « Frère d’exil, je te donne ma main pour te rappeler le soleil qui est le nôtre et que nous avons tant partagé ».
Les deux dames m’écoutaient étonnées, quelque peu incrédules. Je leur dis : « La Bretagne est si belle ! Ses paysages de landes et de forêts austères sont remplis de mystères qui font les mythes, parmi les plus anciens. Vous avez ici des arbres si beaux, étonnants, des arbres de mémoire qui peuvent se souvenir du temps des druides et des poseurs de pierres. Les chênes majestueux qui peuplent vos forêts, les merisiers sauvages qui donnent tous leurs fruits dans vos haies buissonnantes, vos pommiers noueux, argentés du lichen qui les épouse avec bonheur alimentent le rêve aux musiques des fest-noz où le cidre coule à flot. Mais même vos cèdres du Liban ont perdu, en s’implantant ici, leur majesté qui puise ses racines dans les navires de l’ancienne Phénicie. Nos oliviers peuvent raconter les histoires de Noé, les pas de Jésus-Christ, les frasques des dieux de l’Olympe, le fracas des armes des Romains ou de la guerre de Troie,
les vaisseaux qui, venant de Phocée, transportèrent leurs anciens dans la calanque du Lacydon et le mariage de Gyptis et Protis qui par cette union scellèrent leur destinée dans la terre provençale.

L’arbre qui pousse devant moi n’est plus un olivier. En s’expatriant, il est devenu autre. Mais sa taille buissonnante, très réussie, met de la lumière dans vos yeux. Mesdames ! Et c’est sans doute bien ainsi ».
Tout en méditant ce dialogue fictif, je m’éloignai contempler les beautés sauvages de l’île, l’île de Groix, cette île faite pour les tempêtes violentes, les embruns sauvages et les ciels gris, lourds de pluie, au son d’une houle qui se fracasse en écume bondissante sur des falaises austères, au son de vents venus de l’océan caresser des landes peuplées de Korrigans, frères farouches de nos joyeux Fantasti qui vivent dans nos étables à l’ombre des grands pins et dorment dans nos foyers où brûle dubois de cade mêlant son parfum envoûtant à la vaisselle creusée dans du bois d’olivier.

Antoine Leprette

Lundi 20 septembre 2021 - La maison du Pêcheur - Locmiquélic

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